Sur les quatre grandes formalités dont on parle partout depuis deux ans, une seule concerne réellement un voyageur français : l'ETA britannique, à 20 £. L'EES ne vous enregistre pas, ETIAS n'existe toujours pas, et la taxe d'accès à Venise n'est plus perçue depuis le 27 juillet 2026. Ce qui a vraiment changé pour votre budget, ce sont les taxes de séjour et la disparition des locations courte durée dans plusieurs centres-villes.
Ce dossier trie ce qui s'applique de ce qui a été annoncé sans jamais entrer en vigueur. Chaque montant renvoie à sa source officielle, avec sa date de vérification : sur ce sujet, les chiffres bougent tous les trimestres. L'ETA britannique est passée de 10 £ à 16 £ puis à 20 £ en dix-huit mois.
Ce qui vous concerne, et ce qui ne vous concerne pas
La confusion la plus répandue mérite d'être levée tout de suite. EES et ETIAS sont des dispositifs européens qui visent les ressortissants de pays tiers, c'est-à-dire les voyageurs non européens qui entrent dans l'espace Schengen. En tant que citoyen français, vous êtes du bon côté de la frontière : ces deux systèmes ne vous demandent aucune démarche et aucun paiement.
- EES — vous n'êtes pas concerné. Aucune empreinte, aucun enregistrement.
- ETIAS — vous n'êtes pas concerné, et le système n'est de toute façon pas en service.
- ETA britannique — vous êtes concerné. Obligatoire, payante, à faire avant le départ.
- Taxes de séjour — vous êtes concerné, et c'est là que la facture a augmenté.
Le seul cas où l'EES vous touche indirectement : si vous voyagez avec un proche non européen. Nous y revenons plus bas, parce que la règle dépend d'un document précis.
EES : le tampon a disparu, mais pas pour vous
L'EES (Entry/Exit System) est pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026 à tous les points de passage des frontières extérieures de Schengen. Le déploiement progressif de 180 jours, lancé le 12 octobre 2025, est terminé : c'est le principal changement que la plupart des articles décrivent encore comme « en cours ». Le système enregistre les données du document de voyage, une image faciale, les empreintes digitales et les dates d'entrée et de sortie. Il remplace le tamponnage manuel des passeports.
La Commission européenne est explicite sur le périmètre : « Nationals of EU countries and of Iceland, Liechtenstein, Norway or Switzerland are not registered in the EES. » Traduction pratique : un passeport français ne passe pas par la borne biométrique de l'EES. Vous ne donnez pas vos empreintes, vous n'avez rien à préparer, rien à payer.
Vous voyagez avec un proche non européen ?
C'est le cas concret qui mérite attention, et la règle tient à un seul document : le titre de séjour. Un membre de famille non européen d'un citoyen de l'UE — conjoint, enfant, parent à charge — est exempté d'enregistrement EES s'il détient une carte de séjour ou un titre de séjour, qu'il voyage avec vous ou seul. S'il n'en a pas, il est enregistré normalement.
L'exemple donné par la Commission parle de lui-même : un conjoint marocain marié à une citoyenne française et titulaire d'une carte de séjour française n'est pas enregistré dans l'EES. En revanche, un Canadien marié à une Lituanienne mais sans carte de séjour lituanienne l'est. Si vous partez en famille recomposée ou en couple binational, vérifiez ce document avant de réserver : il change la nature du passage en frontière.
Sont également dispensés d'EES les ressortissants d'Andorre, de Monaco, de Saint-Marin et les titulaires d'un passeport du Vatican, ainsi que les détenteurs d'un visa long séjour ou d'un titre de séjour.
La conséquence dont personne ne parle
Le tampon sur le passeport servait de preuve papier des dates de séjour. Il n'existe plus. Pour un voyageur non européen qui doit justifier du respect de la règle des 90 jours sur 180, la trace est désormais uniquement numérique, côté administration. Gardez vos cartes d'embarquement et vos réservations : c'est ce qui vous reste comme justificatif personnel.
ETIAS : pourquoi vous n'avez rien à faire, ni maintenant ni plus tard
ETIAS n'est pas en service, et aucune date officielle de lancement n'existe aujourd'hui. La page de la Commission européenne est catégorique au 30 juillet 2026 : « ETIAS is currently not in operation and no applications for travel authorisations are collected at this point ». La cible « dernier trimestre 2026 », encore relayée par beaucoup d'articles, a été retirée des pages officielles en juillet 2026.
Un lancement en 2027 est désormais l'hypothèse la plus probable — la presse citant le Financial Times rapporte qu'eu-LISA a reconnu qu'une mise en service fin 2026 n'était plus tenable, et que son conseil d'administration doit arrêter un calendrier révisé en septembre 2026. Rien de tout cela n'est officiellement publié : traitez ces dates comme des prévisions.
Quand ETIAS démarrera, l'autorisation coûtera 20 € et non 7 € comme prévu à l'origine, avec une exonération pour les moins de 18 ans et les plus de 70 ans. Et surtout : elle s'appliquera aux voyageurs non européens dispensés de visa. Un Français n'aura jamais besoin d'ETIAS pour voyager en Europe. Si un site vous propose de « préparer votre ETIAS » contre paiement, c'est au mieux inutile.
Attention aux sites intermédiaires
Chaque nouveau dispositif attire des plateformes qui revendent une démarche officielle avec une marge. La règle est simple et vaut pour tous les pays : une autorisation de voyage se demande sur le site gouvernemental officiel, jamais via un intermédiaire commercial. Nous l'avions déjà constaté avec l'ETA sri-lankaise devenue gratuite, que des sites tiers continuaient à facturer.
ETA britannique : la seule formalité qui vous concerne vraiment
Depuis le 2 avril 2025, un Français doit obtenir une ETA (Electronic Travel Authorisation) pour se rendre au Royaume-Uni, et elle coûte désormais 20 £. C'est la formalité la plus souvent oubliée, parce que Londres reste mentalement « à côté » et qu'aucun visa n'a jamais été nécessaire. La page GOV.UK est sans ambiguïté : « An ETA costs £20. »
Le tarif a doublé en dix-huit mois : 10 £ au lancement en octobre 2023, 16 £ le 9 avril 2025, puis 20 £ en avril 2026. Si vous lisez encore « 16 £ » quelque part, la page est périmée.
Ce qu'elle couvre, et comment la demander
- Validité — deux ans, ou jusqu'à l'expiration de votre passeport si elle intervient avant. Voyages multiples autorisés, séjours jusqu'à six mois à chaque fois.
- Territoires couverts — Royaume-Uni, mais aussi Jersey, Guernesey et l'île de Man.
- Où — l'application « UK ETA » ou le site GOV.UK. Passeport, photo numérique, quelques questions de sécurité.
- Délai — la décision est souvent automatique en quelques minutes, mais le Home Office recommande de s'y prendre au moins trois jours ouvrés avant le départ.
- Dispensés — les citoyens britanniques et irlandais.
Une ETA n'est ni un visa ni une taxe, et elle ne garantit pas l'entrée : la décision finale reste celle de l'officier à la frontière. Le dispositif est massif — 24,8 millions d'ETA délivrées entre son lancement et la fin 2025.
Le piège pratique : si vous partez en week-end à Londres avec des amis, chacun a besoin de la sienne, y compris les enfants. Comptez 20 £ par personne, à intégrer au budget du voyage plutôt qu'à découvrir la veille du départ.
« The trial period for the access fee in 2026 has ended. Therefore, starting from July 27, the access fee is no longer in effect. »
Taxes de séjour : la vraie ligne qui a bougé sur votre budget
C'est ici que 2026 coûte plus cher, et rarement là où on l'attend. Venise, la mesure la plus commentée d'Europe, ne perçoit plus rien depuis le 27 juillet 2026 — le portail officiel de la Ville l'indique noir sur blanc. Pendant la période d'essai, l'accès coûtait 5 € en réservant au moins quatre jours avant, 10 € en réservation tardive, sur des journées ciblées d'avril à juillet. La Ville peut décider de la reconduire en 2027 : à vérifier avant un voyage au printemps prochain.
Barcelone : le vrai tarif, pas le plafond annoncé
La presse titre volontiers « jusqu'à 15 € la nuit ». C'est un plafond légal, pas ce que vous payez. Les tarifs officiels de l'Agència Tributària de Catalunya, en vigueur depuis le 1er avril 2026, additionnent la taxe régionale et la surtaxe municipale de 5 €, par personne et par nuit :
- Hôtel 5 étoiles — 7,00 € + 5,00 € = 12,00 €
- Hôtel 4 étoiles — 3,40 € + 5,00 € = 8,40 €
- Appartement touristique — 4,50 € + 5,00 € = 9,50 €
- Auberge de jeunesse — 1,00 € + 5,00 € = 6,00 €
- Autres hébergements — 2,00 € + 5,00 € = 7,00 €
Hors Barcelone, en Catalogne, la facture est bien plus légère : 4,50 € en 5 étoiles, 1,80 € en 4 étoiles, 1,75 € en appartement touristique, 0,80 € en auberge de jeunesse et 0,90 € pour les autres hébergements. Pour une semaine à deux sur la Costa Brava plutôt qu'en ville, l'écart se compte en dizaines d'euros.
Édimbourg : 5 %, et rétroactif sur les réservations déjà faites
L'Écosse applique sa première taxe de séjour municipale depuis le 24 juillet 2026. Édimbourg prélève 5 % du prix de l'hébergement, plafonnés à cinq nuits consécutives, toute l'année. Deux pièges : c'est un pourcentage, donc invisible sur un devis mais bien réel sur la facture ; et il s'applique aux séjours à partir du 24 juillet 2026 même si vous avez réservé depuis octobre 2025.
Grèce : une taxe payée sur place, absente de votre réservation
La « taxe de résilience climatique » se règle à l'hébergement, par chambre et par nuit — elle n'apparaît donc pas sur Booking. En haute saison (avril-octobre) : 2 € en hôtel 1-2 étoiles, 5 € en 3 étoiles, 10 € en 4 étoiles, 15 € en 5 étoiles, 8 € en location courte durée. En basse saison, les montants tombent entre 0,50 € et 4 €. S'ajoute une taxe sur les passagers de croisière depuis le 21 juillet 2025 : 20 € par personne débarquant à Santorin ou Mykonos en haute saison, 5 € dans les autres ports.
Annoncé n'est pas appliqué
Le bruit médiatique mélange volontiers les deux. Ce qui est réellement perçu aujourd'hui : Barcelone, Édimbourg, la Grèce, et la taxe de départ japonaise passée de 1 000 à 3 000 ¥ au 1er juillet 2026 — incluse dans le prix du billet, donc rien à payer à l'aéroport. Ce qui reste annoncé sans être perçu : le droit d'entrée thaïlandais de 300 bahts, approuvé en 2023, repoussé plusieurs fois et désormais annoncé pour 2026 sans date ferme, et la hausse islandaise encore à l'état de projet. En France, les tarifs plafonds de la taxe de séjour sont simplement réindexés chaque 1er janvier sur l'inflation : aucune réforme de fond n'a été adoptée pour 2026.
Amsterdam, enfin, fait figure d'exception à contre-courant : son taux reste à 12,5 % du prix de la nuitée, le plus élevé d'Europe, mais il n'augmente pas cette année.
Locations courte durée : le risque, c'est l'annulation
La question n'est plus le prix, c'est la disponibilité — et le risque qu'une annonce disparaisse après votre réservation. Les textes de 2026 sont écrits pour les loueurs, mais leurs effets se paient côté voyageur. Le règlement européen 2024/1028 sur les données des locations de courte durée, applicable à partir du 20 mai 2026, impose un numéro d'enregistrement unique affiché sur chaque annonce et un partage de données entre plateformes et autorités. Une annonce sans numéro valide peut être retirée — y compris après votre paiement.
En France, la loi Le Meur prévoit un téléservice national d'enregistrement au 4e trimestre 2026, qui rendra l'enregistrement obligatoire dans toutes les communes et non plus seulement en zone tendue. Autre point à connaître : la loi Le Meur permet aux communes d'abaisser le plafond de location d'une résidence principale de 120 à 90 jours par an. Si votre hôte atteint son quota, le logement devient indisponible en cours d'année.
Où l'offre a déjà fondu
- New York — la Local Law 18 a quasiment fait disparaître la location de moins de 30 jours. On est passé de plus de 38 000 annonces actives début 2023 à environ 3 000 enregistrements. Budgétez l'hôtel.
- Centre d'Athènes — gel des nouveaux enregistrements dans les 1er, 2e et 3e arrondissements (Plaka, Monastiraki, Kolonaki, Exarcheia, Koukaki…), prolongé en 2026. Moins d'offre, prix plus élevés, réservation plus précoce.
- Lisbonne — un quartier atteignant 10 % de logements en location touristique passe en « contention absolue » : plus aucune nouvelle licence.
- Barcelone — la Ville a annoncé la suppression de la totalité de ses licences touristiques à l'horizon novembre 2028, pour reconvertir ces logements en résidences.
Trois vérifications avant de payer
- Le numéro d'enregistrement est-il affiché sur l'annonce ? Son absence, dans une ville qui l'exige, est le premier signal d'une annonce fragile.
- Le mode de paiement passe-t-il par la plateforme ? Un virement direct hors plateforme vous prive de tout recours en cas de retrait de l'annonce.
- Avez-vous un plan B ? Dans les villes sous tension, une réservation hôtelière annulable gratuitement en parallèle coûte zéro euro et sauve un voyage.
À faire avant de réserver, selon votre destination
Une checklist courte, dans l'ordre où les choses coûtent de l'argent ou du temps.
- Royaume-Uni — demandez l'ETA sur GOV.UK ou l'application officielle, 20 £ par personne, au moins trois jours ouvrés avant. La seule démarche obligatoire de cette liste.
- Espagne, Grèce, Écosse — ajoutez la taxe de séjour à votre budget réel. Elle est souvent payée sur place et n'apparaît pas dans le prix affiché.
- Voyage avec un proche non européen — vérifiez qu'il détient bien sa carte ou son titre de séjour : c'est ce document qui détermine son passage en frontière.
- Location courte durée en ville tendue — contrôlez le numéro d'enregistrement, restez sur la plateforme, gardez un plan B annulable.
- ETIAS — rien à faire. Ni maintenant, ni en tant que citoyen français.
Un dernier réflexe, valable pour tout ce dossier : vérifiez la date de la page que vous lisez. Entre l'ETA passée de 16 £ à 20 £, ETIAS qui perd sa date de lancement et Venise qui suspend sa taxe en pleine saison, l'information de six mois est déjà fausse. Les liens de cet article renvoient tous vers la source officielle : c'est elle qui tranche.
Informations vérifiées le 30 juillet 2026 auprès des sources officielles citées.
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